La question

Au-delà des répercussions évidentes qu’une perte de vision entraine chez une personne, il se produit également une réaction en chaine sur la famille, les amis, les soignants et les collègues. La perte de la vision ne représente pas uniquement la perte de la vue subie par une personne, mais une multitude de pertes de toutes sortes. La cécité suscite de la peur et de la frustration, de la dépression, elle peut causer la perte éventuelle de son emploi, la perte de son indépendance et de son autonomie, et tous ces facteurs peuvent entraîner des conséquences personnelles, sociales, psychologiques et économiques importantes.

C’est la raison pour laquelle la santé oculaire est si importante et c’est pourquoi prévenir la perte de la vue est une question qui mérite que l’on s’y attarde, que l’on se renseigne, et que l’on passe à l’action.


Donnez-nous la force de changer les choses que nous pouvons changer

est un adage bien connu qui s’applique fort bien à l’importance de préserver la santé oculaire le mieux possible. Il est possible de traiter plusieurs affections oculaires liées à l’âge et à d’autres facteurs, mais uniquement si les traitements appropriés sont disponibles, accessibles et fournis au moment opportun.

Grâce aux progrès réalisés en médecine, il est possible de constater des changements positifs. Il existe maintenant des traitements comme les médicaments anti-VEGF (facteur de croissance de l’endothélium vasculaire) qui peuvent prévenir toute perte additionnelle de la vision et qui peuvent même restaurer partiellement la vue. Fournis au moment opportun, ces médicaments sont l’élément déterminant entre conserver la vue et devenir aveugle.

Heureusement, environ 40 % des patients atteints de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) voient leur vue s’améliorer grâce aux injections anti-VEGF, et certaines personnes retrouvent même un pourcentage important de la vue.

Il serait logique de se dire que comme l’utilisation de ces options thérapeutiques est approuvée au Canada, les patients qui ont besoin de tels médicaments peuvent facilement y avoir accès.


Toutefois, cette hypothèse pourrait s’avérer inexacte.

L’Agence canadienne des médicaments et des technologies de la santé (ACMTS) a récemment passé en revue plusieurs médicaments utilisés pour traiter les maladies de la rétine afin d’évaluer « l’efficacité clinique et la rentabilité des médicaments anti-VEGF pour le traitement des pathologies de la rétine ».

Publiées en mai 2016, les recommandations de l’Agence préconisent l’utilisation d’un médicament employé pour traiter le cancer – actuellement utilisé en dehors de ses conditions d’homologation (c.-à-d. sans l’approbation de Santé Canada) pour traiter certaines maladies de la rétine – comme traitement de première intention (c.-à-d. dispensé en premier lieu au lieu d’une autre option thérapeutique). Les patients et les médecins sont préoccupés par le fait que cette décision semble être basée sur des considérations d’ordre financier et que plusieurs questions concernant les preuves venant appuyer l’utilisation de ce médicament pour le traitement de maladies de la rétine demeurent sans réponse.

Comme ces recommandations affectent l’autonomie du médecin qui doit choisir le meilleur traitement pour son patient, il est possible que l’accès à d’autres traitements soit retardé. Il sera donc difficile de prévenir la perte additionnelle de vision ou de favoriser la restauration partielle de la vision.

La campagne Ouvrez l’oeil est basée sur la conviction que la décision de restreindre l’accès à n’importe quel médicament approprié devrait être basée sur des preuves scientifiques et des consultations avec les partenaires, comme les médecins cliniciens traitants et les groupes de patients, et non pas en fonction de la compression des coûts.